Les bailleurs sociaux se sentent pris "dans un étau"

Les requêtes du gouvernement et le projet de loi Elan, qui porte sur "l'évolution du logement, de l'aménagement et du numérique" inquiètent les bailleurs sociaux. L’Union sociale de l’habitat (USH) dénonce "une prise en étau".

logements sociaux
 

Le gouvernement demande des économies et une réorganisation

Lors de la présentation du congrès de l'USH, Marianne Louis, la directrice générale, a confié son inquiétude : "Il y a un contexte de prise en étau : aujourd’hui, on ne voit pas comment on va sortir." Le gouvernement a effectivement demandé au secteur de réaliser 1,5 milliard d'euros d'économies, chaque année, d'ici à 2020. Il a notamment imposé une réduction organisée des loyers.
 
La loi Elan a quant à elle obtenu le feu vert de l'Assemblée nationale, en attendant le vote final du Sénat, voire une possible saisine du Conseil constitutionnel. Le projet devrait accompagner une vaste réforme du logement social, "sans toucher aux fondamentaux de la loi SRU", assure le ministre de la Cohésion des Territoires, Jacques Mézard. Concrètement, il impliquera le regroupement entre petits bailleurs sociaux (organismes gérant moins de 12 000 logements) et favorisera la vente de logements HLM.
 

Des investissements à la baisse, des demandes en hausse

Les bailleurs sociaux ne masquent pas leur préoccupation et ont freiné leurs investissements. L'USH s'attend ainsi à une baisse de 5 à 10 % des nouveaux logements sociaux en 2018. Il y avait déjà eu un recul, en 2017. Marianne Louis souligne que "dans le même moment, les besoins augmentent puisque les demandes sont en hausse". Le nombre de dossiers constitués a progressé de 5 %, en 2017. La situation est donc préoccupante.
 
L'inquiétude n'est pas simplement due aux craintes liées à la loi Elan mais aussi à la "diminution" des APL, laquelle devrait se poursuivre en 2019. Elle devrait être de 1,2 milliard d'euros. "Il faut être précis : il n'y aura pas de baisse des allocations, il y aura une mesure juste (...) : c'est la contemporanéité des allocations logements", a corrigé le ministre (propos relayés par La Tribune). Les APL seront désormais calculées via les revenus à l'instant t, et non plus en fonction de ceux d'il y a deux ans : "C'est ça qui fait à peu près le milliard d'euros, avec une mesure qui n'est pas une mesure de rabot, qui n'est pas une mesure budgétaire", a encore précisé son secrétaire, Julien Denormandie.
 

Une rallonge de 10 milliards qui ne convainc pas

La Caisse des Dépôts a annoncé une rallonge de 10 milliards d'euros pour les logements sociaux, afin de favoriser la construction ou la rénovation des biens existants. Cette somme correspond à 4 milliards d'euros de prêts à taux fixes très faibles, 2 milliards de prêts de "haut de bilan" financés par Action Logement (ex-1 % logement), 3 milliards d'aides de trésorerie et 1 milliard d'investissements.
 
Le mode de financement est loin de faire l'unanimité : "Ça ne résout pas un problème financier mais le déporte dans le temps : c’est l’anesthésie du problème", juge Dominique Hoorens, économiste en chef de l’USH (propos recueillis par l'AFP). Les bailleurs sociaux seront-ils entendus ? Réponse dans les prochains mois.

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